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SPRP  -   1 rue des Clercs  -   26100 Romans sur Isère.    Réunion au local le mercredi à 17 heures.

Les meuniers de Romans

« De mesure et de poids ils changeaient à leur grés »
disait-on à la fin du XVIIe siècle
En 1894, Romans comptait 4 meuniers…
…Il reste deux moulins dont un s’est modernisé dans
le cadre même de sa création et porte le nom
« moulin de la tour Saint-Georges » !

Une assez récente cérémonie intime réunissait, il y a quelques semaines au restaurant Ponton à Romans, les responsables et membres du personnel du moulin de la Tour St-Georges représenté par M.Georges Ferrier son responsable, dont le discours fait à l’attention d’une employée dévouée admise à prendre sa retraite nous trempe dans l’atmosphère ancienne de meuniers de Romans.
Les établissements Ferrier existe encore depuis 1847, année qui vit Joseph Ferrier « farinier » (grand-père de l’actuel responsable de ce moulin à farine) s’installer dans les installations des Moulin Delaye – qui, eux, étaient probablement l’un des quatre meuniers qui broyaient le grain au XVIe siècle – ce moulin se trouvait à quelques 30 m de l’ancienne porte de Clérieux (on écrivait Clérieu à l’époque) et à 100 m de l’emplacement de feue la Tour St-Georges, qui donna son nom à cet établissement.

Moulin Clément
Le Moulin Clément a été transféré dans la Zone industrielle, comme l’indique notre cliché.

Les meules tournaient grâce au canal de la Martinette qui coule toujours sous le dit moulin et qui alimentait en énergie plusieurs autres moulins à farine et à soies et des mégisseries. Des travaux d’agrandissements furent faits par l’achat de maisons environnantes. « C’est ainsi (nous apprit M. Georges Ferrier) que mon grand-père, ma grandmère, mon cousin Louis Guerby et mon père achetèrent une quarantaine de maisons et plusieurs rue en collaboration avec la ville de Romans ».
D’ailleurs en ce populaire quartier, il y avait de difficiles problèmes de police à assurer ; bagarres dans une certaine rue B…, trafic d’allumettes dans des rues escarpées et tortueuses.
La vente et l’échange de ces terrains ayant solutionné la plupart de ces problèmes, ayant trait à l’ordre et à l’hygiène publics.

Au bon vieux temps

Au moment de la moisson nous apprit encore M. Ferrier, il était courant de voir la côte des masses envahie par des charrettes chargées de sacs de blé, tirées par des chevaux que les voituriers amenaient au silo à grand renfort de cris. Je me rappelle, enfant, le père Deroux, un ancien voiturier, 50 ans de moulin chez nous, il eut son permis de conduire les camions et les voitures à moteurs, en 1911 sous le N° 6.

Un voiturier
Un des premiers camions à chevaux vapeur

Tantôt il conduisait un des premiers camions à chevaux vapeur, tantôt il attelait Bibi et Cadet, deux splendides chevaux blancs (comme les meuniers et les brasseurs du nord et de l’est savaient s’en procurer) à une immense charrette pour livrer la farine en ville ou au dehors. Les temps ont changé ! Bibi et Cadet ont disparu, les camions à roues à bandages caoutchoutés sont remplacés par de modernes « poids lourds » de quelques 20 tonnes qui transportent le blé en vrac et le déchargent en un temps record.

Le pain, hier…et aujourd’hui !

Autrefois, le pain était l’aliment de base des Français. De nos jours on en
mange de moins en moins et la consommation qui en était de 375gr en moyenne par jour lors de la guerre 1914-18 est tombée à 190gr…En même temps, la Drôme a vu le nombre de ses moulins passer de près de 100 à moins de 20 et ce n’est pas fini si, comme indique M. Ferrier, le projet de restructuration de la meulerie française se réalise, ce nombre baissera encore.

Les Meuniers de Romans à la fin du 17e siècle

Dans le rôle des arts et métiers de 1694 le nombre des meuniers était de quatre à Romans soit : Pierre Valier, Hubert Colombat, Jean Descombes et la veuve de Jean Gilibert.
« La profession des meuniers est honnête et estimable, nous apprend M. Dochier, ancien maire, dans ses « mémoires sur la ville de Romans ».
« Ceux qui l’exercent, ajoute-t-il, jouissaient autrefois de plusieurs privilèges. Ils étaient distingués parmi les citoyens, eu et égard à leur utilité ; et c’est la raison de cette distinction qu’ils devaient porter un habit et un chapeau blanc.
« Vrai est, dit Coquille, qu’il est mal aisé de se sauver de la méchanceté des meuniers ».
« De mesure et de poids, ils changent à leur gré »
« Le salaire des meuniers de Romans a toujours fixé l’attention des administrateurs de cette ville. La sentence arbitrale de 1212, rendue entre le chapitre de Saint- Barnard et les Consuls, dispose que le droit de mouture est d’une pugnière comble pour un setier, depuis la Saint-Jean jusqu’à Noël et d’une pugnière rase, depuis Noël jusqu’à la Saint-Jean : celle des ides d’octobre 1233, confirme la précédente. »
D’après Dochier, le chapitre avait, selon la charte du 12 avril 1348, 24 moulins sur l’Isère ou en divers lieux.
« La différence (écrit-il encore) de la mesure Comble à la mesure Rase, favorisait la fraude, parce que moins le boisseau est profond, plus la circonférence est grande. Romans adopta donc un usage assez général, en fixant le salaire des meuniers à la 24e partie du setier, pendant toute l’année. Mais les meuniers oubliaient assez facilement les obligations qu’ils avaient à remplir !...

Le Poids de Farines

Après 12 ans, les fraudes se renouvelant, pour les écarter, sans retour, le conseil municipal de Romans fit construire en 1546 la Maison du poids des farines (dont une voie porte encore le nom et le souvenir). Comme son nom l’indique on y pesait les blés qui allaient aux moulins et les farines qui en revenaient. Cette maison de peseur fût bâtie sur les vestiges de la première enceinte. Romans comptait alors 5.638 habitants. Mais à l’usage les habitants préférant en général faire usage du pain fabriqué par les boulangers et ayant par conséquent cessé de faire moudre le blé, l’établissement fut supprimé en 1841, et la maison rasée en février 1885
lors des travaux pour adoucir la Montée des Poids et Farines.

La guerre des Farines

Un des premiers actes de Turgot (ministre des finances sous Louis XVI) avait été de publier son édit sur la libre circulation des grains.
On ne pouvait pas passer le blé d’une province à l’autre sans payer un impôt très élevé. Seule une société avait le droit d’acheter partout pour le service du roi. Elle accumule ainsi un stock considérable qu’elle revendait ensuite très cher ; la société vit d’un mauvais oeil apparaître l’édit de Turgot et fit croire au peuple qu’il allait être affamé. Des bandes se mirent à piller les boutiques des boulangers et jetèrent à l’eau les sacs de farine. Turgot leur opposa des troupes armées et quelques coups de feu terminèrent cette « guerre des farines »…
…Tout comme nous terminons cette évocation de l’histoire des meuniers de Romans. Il y aurait pourtant encore beaucoup de vieux souvenirs historiques à évoquer…

Article signé par L.B.
(Archive du journal l’Impartial des années 1973. Texte recopié en l’état sans aucune modification)

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