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Vierge du choléraEn 2020, les Romanais découvrent avec inquiétude la pandémie de coronavirus. Leurs ancêtres, eux aussi,  ont du faire face, au cours des siècles, à de nombreuses épidémies et notamment à celle du choléra en 1832.

Le 5 avril 1832, le conseil municipal de Romans, par la voix de son premier adjoint, propose "des mesures salutaires contre l'invasion du choléra-morbus".

En effet, une épidémie de choléra, partie de l'Inde en 1817, gagne l'Europe puis Paris en mars 1832. Cette maladie est restée cantonnée pendant des siècles en Asie  et ne s'est répandue qu'à partir du XIXe siècle en Europe avec le développement des transports. Elle provoque diarrhées, vomissements, déshydratation, violentes douleurs et souvent la mort.

A cette époque,  l'origine du choléra  n'est pas connue mais on a constaté qu'il  se développe  d'abord dans les quartiers insalubres;  les mauvaises odeurs semblent diffuser des "miasmes" qui répandent la maladie. On saura plus tard que le "vibrion" du choléra se transmet par les excréments  qui polluent rivières et fontaines.  Les fruits et légumes arrosés avec des eaux souillées sont ainsi contaminés.

La municipalité de Romans, alertée par le préfet de la Drôme, veut éviter l'arrivée du choléra qui ravage déjà Paris et Marseille.

Une des premières mesures est d'ouvrir des brèches dans les remparts de la ville pour faciliter l'évacuation de ces "miasmes" porteurs de maladies. La ville est alors enfermée dans ses remparts; les maisons sont serrées les unes contre les autres, les rues étroites.

Et surtout il faut lutter contre l'inimaginable saleté de la ville.

Le premier adjoint rappelle qu'il a déjà pris un arrêté.

"Déjà, par mon arrêté du 4 de ce mois (avril), qui a été publié au son de la caisse (tambour) et affiché dans les différents quartiers de la ville, j'ai ordonné que tous les fumiers et autres matières insalubres existant sur les places publiques, dans les rues, au devant et contre les maisons, dans les cours, jardins, caves, selliers et écuries seraient enlevés dans le délai de trois jours avec défense d'en tenir à l'avenir sous peine d'être poursuivi devant le tribunal de police..." Les habitants sont invités à tenir leur s maisons bien aérées. Une commission de salubrité est nommée pour éviter l'invasion de la maladie.

Les autorités ont raison de s'alarmer!

A cette époque, les rues sont souillées en permanence par les déjections animales. Tous les transports se font avec des bœufs ou des chevaux qui laissent d'abondantes traces. Ce fumier est soigneusement ramassé par les habitants qui, souvent,  possèdent un jardin ou des parcelles près de la ville.  Il est entassé au pied des maisons avant d'être utilisé.

Les foires au bétail se tiennent en ville, laissant aussi de nombreux vestiges.

Romans sur Isère. Le marché aux bestiaux.

  

Les marchés se tiennent encore en ville au début du XXe siècle (actuelle place Jean-Jaurès) (coll. particulière)

Le ramassage des ordures n'est pas organisé. Un indigent, non rétribué, ramasse de temps en temps les boues et fumiers et se dédommage en les vendant comme engrais.

 Les égouts souterrains n'existent pas. Les eaux usées s'écoulent dans les rues jusqu'à l'Isère ou dans des puits perdus. Les excréments humains sont conservés dans des fosses d'aisance  étanches vidées  ensuite dans les jardins à l'aide d'un puisoir. Ils sont aussi  récupérés par un vidangeur qui les vend comme engrais; Il déverse le surplus dans l'Isère! Parfois certains habitants jettent  leurs seaux directement dans la rue, malgré les pétitions des voisins. Il n'y a pas de latrines publiques. Les passants se soulagent dans les  ruelles discrètes comme celle (aujourd’hui disparue) qui bordait le chevet de la collégiale Saint-Barnard.  Les paroissiens se plaignent des odeurs qui pénètrent à l'intérieur!  Il faut attendre 1841  pour que soient construites six latrines au bord de l'Isère, ce qui permet une évacuation facile.  La rivière  sert de dépotoir où sont jetées les ordures. Les riverains font des réclamations car, en été,  des odeurs insoutenables s'élèvent des rives lorsqu'une crue tarde à faire le nettoyage!

La situation est encore aggravée par certaines pratiques.

Beaucoup d'habitants élèvent un cochon au rez-de-chaussée de leur maison. Ils ont le droit de le tuer dans la rue. Il suffit de prévenir la mairie deux heures avant..

Et surtout  les bouchers, nombreux dans la ville, abattent le bétail dans la rue, devant leur boutique. Il n'existe pas  d'abattoir. Le dernier, appelé materie, a été supprimé pendant la Révolution. On peut imaginer les odeurs en été!

La municipalité, pour réduire les risques, décide de construire un abattoir.

Depuis mars 1832, une épidémie de choléra se répand en France.

La municipalité de Romans prend des mesures pour améliorer l'hygiène et éviter la contagion.

 Elle a, depuis plusieurs années,  le projet de construire un abattoir. A cette époque, les bouchers tuent le bétail devant leur boutique. La menace du choléra précipite la décision. Des parcelles ( n° 143 à 150 du cadastre napoléonien)  sont louées puis achetées entre l'Isère, la Savasse et la caserne de la Presle (aujourd'hui un immeuble). Une source fournit l'eau indispensable et l'Isère permet d'évacuer les déchets. Un bâtiment en mauvais état( un moulin à carder la laine), situé sur ce terrain, servira d'abattoir provisoire après quelques aménagements.  La côte du poids des farines permet d'amener le bétail depuis le marché aux bestiaux. De gros travaux sont nécessaires pour la rendre praticable.

Tous ces travaux sont très  lourds pour les finances de la ville.

En France, l'épidémie continue. Elle semble se rapprocher de Romans, un cas  est signalé à Erôme.

Malgré les mises en garde de la municipalité les Romanais ne semblent pas s'inquiéter. Ils n'ont toujours pas vu de malades du choléra et ignorent l'horreur qu'il inspire. S'ils avaient pu lire le texte que Giono écrira au XXe siècle  sur  l'épidémie qui  ravagea la Provence vers 1832, ils auraient certainement nettoyé  devant leurs portes.

Angelo, le héros du roman, "Le Hussard sur le toit", traverse un village infecté. ..Il distingua d'autres cadavres. Les uns étaient allongés sur le trottoir, d'autres accroupis dans des encoignures de portes; d'autres affalés contre le rebord de la fontaine...appuyaient sur la margelle des faces noires qui mordaient la pierre.

Le préfet envoie des circulaires pour rappeler la nécessité de supprimer les immondices. En septembre, le  premier adjoint publie de nouveaux arrêtés devant la négligence des habitants."La marche ralentie du fléau a inspiré une trompeuse sécurité". Il est vrai qu'aucun cas n'est déclaré à Romans. Mais il rappelle "qu'il faut que l'intérieur des maisons soit tenu plus propre et qu'on n'y laisse pas séjourner des fumiers ou immondices dont les exhalaisons malsaines et insalubres peuvent donner aux propriétaires et aux voisins le germe de l'épidémie... Des commissions de conseillers et d'agents de police pourront inviter les habitants par tous les moyens de la persuasion...à se conformer aux règlements de l'autorité locale".

Il ne semble pas que la propreté se soit beaucoup améliorée mais, cependant, l'épidémie ne toucha pas Romans. L'abattoir, après beaucoup de difficultés, finit par être accepté par les bouchers.

Trop petit il est remplacé, en 1880, par un beau bâtiment. Les déchets sont jetés directement dans l'Isère.  Les poissons, bien nourris, sont nombreux et attirent les pêcheurs.

l'Isère à Romans sur Isère

A gauche du document (début du XXe siècle) ,  l'ancienne Maison de la nature, le débouché de la Savasse, puis l'abattoir construit au bord de l'Isère. Un peu en arrière, la caserne de la Presle. En 1832 les quais n'existent pas. Ils seront édifiés en 1860 pour protéger la ville des inondations. L'abattoir et la caserne seront détruits dans les années 1990. Un immeuble, à l'emplacement de la caserne,  garde quelques pans de murs anciens.

(coll.particulière)

L'épidémie dura jusqu'à l' automne 1832, faisant 100 000 morts en France. Le choléra apparut à nouveau en 1842, 1853, 1865, 1884. A cette date l'origine de la maladie est connue. Mais on ne sait pas vraiment la soigner. Un article du journal Le Jacquemart, en juillet 1884,  indique les précautions à prendre pour l'éviter: conserver le calme de l'esprit, éviter les excès de travail et de plaisir, l'intempérance, l'eau de mauvaise qualité... Un article de l'Impartial, à la même date,  rappelle les polémiques entre médecins  surgies au sujet de coronavirus en 2020.  "Les princes de la science n'osent pas se prononcer. Ils ne s'accordent même pas, chose peu rassurante, sur les moyens de  combattre (le choléra). Les uns  préconisent la sécheresse avec le docteur allemand Koch; d'autres, au contraire, font arroser nos voies publiques à grandes eaux. A qui se fier?"

Avec les progrès de l'hygiène, le choléra disparait en Europe occidentale au début du XXe siècle mais il est encore endémique en Asie, en Afrique et ressurgit lorsque, dans certains pays,  les mesures d'hygiène ne sont pas respectées, comme en Haïti en 2010.

Françoise Gardelle et l'association de sauvegarde du patrimoine de Romans-Bourg-de- Péage

Sources:

  • Archives communautaires de Romans:

délibérations du conseil municipal. 1D11 et 1D 12

cadastre napoléonien 10 Fi 13 et état des sections 1 G7

  • Impartial juillet 2000. Articles de Laurent Jacquot
  • Jean Giono: Le hussard sur le toit. Livre de poche p. 156

    Depuis mars 1832, une épidémie de choléra se répand en France.

    La municipalité de Romans prend des mesures pour améliorer l'hygiène et éviter la contagion.

     Elle a, depuis plusieurs années,  le projet de construire un abattoir. A cette époque, les bouchers tuent le bétail devant leur boutique. La menace du choléra précipite la décision. Des parcelles ( n° 143 à 150 du cadastre napoléonien)  sont louées puis achetées entre l'Isère, la Savasse et la caserne de la Presle (aujourd'hui un immeuble). Une source fournit l'eau indispensable et l'Isère permet d'évacuer les déchets. Un bâtiment en mauvais état( un moulin à carder la laine), situé sur ce terrain, servira d'abattoir provisoire après quelques aménagements.  La côte du poids des farines permet d'amener le bétail depuis le marché aux bestiaux. De gros travaux sont nécessaires pour la rendre praticable.

    Tous ces travaux sont très  lourds pour les finances de la ville.

    En France, l'épidémie continue. Elle semble se rapprocher de Romans, un cas  est signalé à Erôme.

    Malgré les mises en garde de la municipalité les Romanais ne semblent pas s'inquiéter. Ils n'ont toujours pas vu de malades du choléra et ignorent l'horreur qu'il inspire. S'ils avaient pu lire le texte que Giono écrira au XXe siècle  sur  l'épidémie qui  ravagea la Provence vers 1832, ils auraient certainement nettoyé  devant leurs portes.

    Angelo, le héros du roman, "Le Hussard sur le toit", traverse un village infecté. ..Il distingua d'autres cadavres. Les uns étaient allongés sur le trottoir, d'autres accroupis dans des encoignures de portes; d'autres affalés contre le rebord de la fontaine...appuyaient sur la margelle des faces noires qui mordaient la pierre.

    Le préfet envoie des circulaires pour rappeler la nécessité de supprimer les immondices. En septembre, le  premier adjoint publie de nouveaux arrêtés devant la négligence des habitants."La marche ralentie du fléau a inspiré une trompeuse sécurité". Il est vrai qu'aucun cas n'est déclaré à Romans. Mais il rappelle "qu'il faut que l'intérieur des maisons soit tenu plus propre et qu'on n'y laisse pas séjourner des fumiers ou immondices dont les exhalaisons malsaines et insalubres peuvent donner aux propriétaires et aux voisins le germe de l'épidémie... Des commissions de conseillers et d'agents de police pourront inviter les habitants par tous les moyens de la persuasion...à se conformer aux règlements de l'autorité locale".

    Il ne semble pas que la propreté se soit beaucoup améliorée mais, cependant, l'épidémie ne toucha pas Romans. L'abattoir, après beaucoup de difficultés, finit par être accepté par les bouchers.

    Trop petit il est remplacé, en 1880, par un beau bâtiment. Les déchets sont jetés directement dans l'Isère.  Les poissons, bien nourris, sont nombreux et attirent les pêcheurs.

    A gauche du document (début du XXe siècle) ,  l'ancienne Maison de la nature, le débouché de la Savasse, puis l'abattoir construit au bord de l'Isère. Un peu en arrière, la caserne de la Presle. En 1832 les quais n'existent pas. Ils seront édifiés en 1860 pour protéger la ville des inondations. L'abattoir et la caserne seront détruits dans les années 1990. Un immeuble, à l'emplacement de la caserne,  garde quelques pans de murs anciens.

    (coll.particulière)

    L'épidémie dura jusqu'à l' automne 1832, faisant 100 000 morts en France. Le choléra apparut à nouveau en 1842, 1853, 1865, 1884. A cette date l'origine de la maladie est connue. Mais on ne sait pas vraiment la soigner. Un article du journal Le Jacquemart, en juillet 1884,  indique les précautions à prendre pour l'éviter: conserver le calme de l'esprit, éviter les excès de travail et de plaisir, l'intempérance, l'eau de mauvaise qualité... Un article de l'Impartial, à la même date,  rappelle les polémiques entre médecins  surgies au sujet de coronavirus en 2020.  "Les princes de la science n'osent pas se prononcer. Ils ne s'accordent même pas, chose peu rassurante, sur les moyens de  combattre (le choléra). Les uns  préconisent la sécheresse avec le docteur allemand Koch; d'autres, au contraire, font arroser nos voies publiques à grandes eaux. A qui se fier?"

    Avec les progrès de l'hygiène, le choléra disparait en Europe occidentale au début du XXe siècle mais il est encore endémique en Asie, en Afrique et ressurgit lorsque, dans certains pays,  les mesures d'hygiène ne sont pas respectées, comme en Haïti en 2010.

    Françoise Gardelle et l'association de sauvegarde du patrimoine de Romans-Bourg-de- Péage

    Sources:

    • Archives communautaires de Romans:

    délibérations du conseil municipal. 1D11 et 1D 12

    cadastre napoléonien 10 Fi 13 et état des sections 1 G7

    • Impartial juillet 2000. Articles de Laurent Jacquot
    • Jean Giono: Le hussard sur le toit. Livre de poche p. 156

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