La navigation sur le site  https://romans-patrimoine.fr  est susceptible de provoquer l’installation de cookie(s) sur l’ordinateur de l’utilisateur

Le 18 juin, il se passe toujours quelque chose, ou presque !

Si ce jour évoque pour beaucoup 1940 et la date de l’appel du général de Gaulle sur les antennes de la BBC, il est probable que la majorité aura oublié que c’est aussi l’anniversaire de Waterloo.

            Replaçons l’affaire en quelques mots dans son contexte. Après presque un an d’exil à l’île d’Elbe, Napoléon, dans un dernier pari, a projeté de reconquérir son trône. Débarqué le 1er mars 1815 au Golfe-Juan, à la tête d’une poignée d’hommes, il entre le 20 à Paris, ayant « volé de clocher en clocher », voyant à chaque pas grossir son armée. Louis XVI, qui ne l’a pas attendu, gagne Gand, en Belgique avec un entourage réduit.

            Conquérir un royaume est une chose dans laquelle Napoléon est passé maître ; s’y maintenir est une autre affaire, d’autant que la coalition alliée se reforme, sous l’égide de l’Angleterre, qui a déjà des troupes en Belgique. La Prusse la rejoint ; l’Autriche et la Russie mobilisent également leur armée, imitées en cela par les Espagnols, les Hollandais, les Piémontais, les princes allemands…

            Fidèle à ses conceptions militaires, pour parer à cette levée générale de boucliers, et défendre son territoire, et son régime, l’Empereur décide de prendre l’offensive.

            Les vieux soldats sont rappelés ou rejoignent d’eux-mêmes leurs unités. La principale armée se rassemble autour de Charleroi, avec comme objectif l’invasion de la Belgique et la dispersion de l’armée britannique avant que Prussiens, Autrichiens et Russes n’aient eu le temps d’arriver. Selon la légende antique, c’est le procédé qu’utilisa le dernier des Horace, combattant les Curiaces.

            Napoléon quitte Paris le 11 juin pour rejoindre l’armée près d’Avesnes. Après quelques succès initiaux (Ligny, les Quatre-Bras), il se trouve face aux troupes de Wellington, un peu au sud de Bruxelles. C’est ce site que les Anglais appelleront Waterloo, le terme de Mont-Saint-Jean se rencontrant souvent dans les documents français.

Et les Drômois dans tout ça ? À ce jour, nous en avons dénombré 34, qui se trouvèrent inclus dans cette gigantesque bataille. Quatre y furent tués : il y en eut certainement beaucoup d’autres, mais il faut les débusquer un à un car aucune liste n’existe.

Pour Romans et ses environs, voici quelques noms :

MOUTTIN  Bruno, 24 ans, d’Alixan, soldat au 29ème de ligne. Présumé prisonnier de  guerre, 18 juin 1815 au Mont-Saint-Jean. Il a survécu, puisqu’en 1857, plus de quarante ans plus tard, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène ; il dit alors être âgé de 65 ans et avoir servi de 1811 à 1816 au 9ème de ligne !

BERTHOLET Joseph André, 24 ans, né à Bourg-de-Péage, mais habitant à La Baume d’Hostun, fait partie du même régiment, avec lequel il a participé à la fin de la campagne de Russie. Fait prisonnier le 2 janvier 1814 à Dantzig et emmené en Russie, il n’est rentré à son régiment qu’en décembre. Il combat à Waterloo, puis suit la retraite des troupes impériales jusqu’à Poitiers, où son unité est dissoute. Rentré dans ses foyers, il se marie et exerce la profession de voiturier. Il reçoit la médaille de Sainte-Hélène en 1857, et ne décède à la Baume, quartier Granges-Vieilles, que  le 12 juin 1871. Record de kilomètres à pied au compteur ?

AYMOND Joseph, 25 ans, de Romans, est fils d’un presseur d’huile. Il n’a été incorporé qu’en décembre 1812, dans une cohorte de garde nationale, puis est passé au 72ème de ligne. Devenu sergent, il est blessé à Waterloo.

BAUDOUIN Hippolyte, 24 ans, d’Hostun, ayant pu prouver qu’un de ses frères était mort à l’armée, n’ a été appelé qu’en 1813, au 11ème régiment d’infanterie légère. Blessé à Waterloo, il en a réchappé, et se retrouve en 1857 médaillé de Sainte-Hélène. Il semble que la mémoire ne soit plus bien sûre : il dit avoir servi quatre ans (au lieu des deux campagnes 1814 et 1815), et n’est plus certain du numéro de son régiment.

BRENIER Etienne, 24 ans, est né à Montélier, mais réside à Alixan. Six campagnes à son actif, dont celle de Russie et deux blessures à Waterloo, alors qu’il servait au 2ème chasseurs à pied de la Garde, certainement pas très loin du carré commandé par Cambronne. Il vit toujours en 1850.

COGNE Jérôme Etienne, né à Lens-Lestang, avait 41 ans en 1815. Il s’était engagé en juillet 1792, rejoignant des Romanais connus, comme Nugues et Pouchelon. Blessé deux fois en 1793, il est promu sergent en 1795, fait toutes les campagnes d’Italie, combattant notamment à Rivoli, à Marengo En septembre 1803, le voilà sous-lieutenant. Décoré de la Légion d’Honneur, il passe dans la Garde en 1806. Blessé à Leipzig le 16 octobre 1813, il y est fait prisonnier et ne rentre qu’en juillet 1814. C’est pour être à nouveau blessé et pris à Waterloo ! Il choisit de se retirer à Romans, où il décèdera en 1836. Son tombeau existe toujours au cimetière de la ville, et l’on a donné son nom à une modeste impasse du quartier Saint-Nicolas.

Waterloo, le 18 juin 1815 Waterloo, le 18 juin 1815 : à 13 heures, le 1er corps commandé par Drouet d'Erlon attaque le centre
de la ligne anglaise : Moutin, Bertholet, d'autres encore sont quelque part dans cette ruée

Composition de Jean Augé, dans Tranié et Carmignani, Napoléon et l'Angleterre
Ed. Pygmalion        

GERIN François Régis, 28 ans, est né à Hostun. Il y vit toujours en 1850, racontant ses 7 ans de service avec le 2ème régiment d’artillerie de Marine, et le coup de lance reçu d’un uhlan prussien à Waterloo.

GILIBERT Jacques, né à Alixan, est un vétéran ! Âgé de 31 ans, il est au service depuis 10 ans : comme conscrit de l’an XIII, il a tiré le n°30 dans son canton : c’est un mauvais numéro. parti immédiatement, il a été incorporé le12 juillet 1805 au 25ème de ligne, matricule n°4050. Passé au nouveau 25ème 30 janvier 1815 sous le n° 1826 (registre 25ème).  En 1850, alors qu’habite Marches, il dit avoir servi 8 ans : an XIII à 1812 en Prusse, Pologne, Allemagne, Russie. Prisonnier de guerre, et envoyé en Sibérie, il n’est rentré que fin 1814. Pas à la maison, mais directement à son ancien régiment, où le greffier le réinscrit avec le matricule 1826. Et sa découverte de l’Europe se poursuit : prisonnier des Anglais à Waterloo, il est envoyé en Angleterre ; rentré enfin, il est réformé en 1816 (3 blessures). Interrogé en 1850 il dit avoir servi 8 ans, au 75ème de ligne, ce qui est probablement erreur de transcription, ou une défaillance bien compréhensible de la mémoire, car le 75ème n’est pas être allé en Russie.

MOTTET Nicolas Barthélemy, 27 ans, né à Hostun, a servi avec le 9ème léger, depuis 1808 en Espagne. Fait prisonnier à Badajoz en avril 1811, il n’est rentré qu’en juillet 1814, pour retrouver son régiment ; blessé à Waterloo, il est licencié septembre 1815. 

PAIN Antoine, de Saint-Paul-lès-Romans, était sergent au 75ème de ligne. Blessé mortellement à. Waterloo le 18 juin 1815, il est mort à l’hôpital de Nivelle le 13 juillet suivant.

On peut imaginer, des dizaines d’années plus tard, les survivants racontant, pour la énième fois, à un auditoire un peu blasé, les merveilles qu’ils ont vues et le bon temps que c’était, la guerre !

L'association S.P.R.P. a pour buts de défendre et de favoriser la conservation du patrimoine architectural, historique, culturel et environnemental des villes de Romans, Bourg de Péage et leurs pays, par l'étude et une meilleure connaissance des deux cités traversées par la rivière Isère. Elle a pour objets d'organiser diverses manifestations, expositions et conférences, parutions, journées du patrimoine. L'association S.P.R.P. s'interdit toute propagande politique ou religieuse et toute forme de discrimination et garantit la liberté de conscience.