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«…Le 6 janvier de l’an de grâce 1701, le guetteur de la porte St-Nicolas, jetant son regard vers le levant, distingua, en haut du chemin de St-Paul, une petite troupe de cavaliers, auréolée par la poussière de la route, et se dirigeant vers la cité. Il en prévint aussitôt le corps de garde.
Quelques instants plus tard les « étrangers » arrivaient à l’entrée de Romans et déclinèrent leur identité. Ils déclarèrent appartenir à la maison royale et annoncèrent qu’ils étaient chargés d’une mission auprès du Consul e notre ville. Devant les titres exhibés, l’officier de service salua avec déférence les visiteurs et s’offrit à les accompagner à la « Maison Commune », où ils devaient peu après, être reçus pas les Autorités.
Ces nobles Seigneurs venaient annoncer aux Romanais, le prochain passage en leur cité, des petits fils du Roi Louis XIV, les ducs de Bourgogne et de Berri. Ils étaient porteurs d’un message de l’intendant de Grenoble, recommandant à l’Assemblée Communale, de préparer la visite des Princes, et de rendre à ces derniers les hommages qui leur étaient dus. Les membres de l’Assemblée Communale de la ville, furent convoqués le jour même, afin de tenir une première réunion.
A l’ordre du jour un seul sujet ; l’étude des mesures à prendre en vue de cette « auguste visite » ! A cette époque on se plaignait du mauvais état des routes – lesquelles n’étaient souvent que des chemins plus ou moins bien tracés - ; de plus, celles-ci ne présentaient pas toujours le minimum de sécurité désirable. Les déplacements étaient donc malaisés, aussi s’entouraient d’une suite importante avec de nombreux gardes armés pour les protéger.
Ils s’arrêtaient dans les cités les plus importantes que l’on prévenait à l’avance, car les étapes devaient être organisées selon les règles minutieuses d’un protocole impératif.

Cartes à jouer des ducs de Bourgogne

Carte à jouer des ducs de BourgogneDes messagers, envoyés au préalable, contactaient les autorités locales pour mettre au point les cérémonies prévues.
Chaque localité avait d’ailleurs à cœur de s’attirer les bonnes grâces des grands personnages de la Cour, et en manifestant ainsi son loyalisme espérait se créer des protecteurs haut placés ! Les messagers reçus à la Maison Communale, précisèrent aux Consuls, que le passage de leurs Altesses Royales était prévu pour le 22 mai.
Les Romanais avaient donc cent trente six jours devant eux pour « mettre les petits dans les grands ». On s’inquiétait tout d’abord de l’itinéraire. Il fut convenu que quelques jours avant la visite, des corvées de terrassiers seraient constituées pour aller enlever les pierres des chemins aboutissant à Romans.
On décida également de constituer des réserves de sacs de sable : ce dernier serait répandu dans les rues afin que les chevaux ne puissent glisser sur les pavés.

          Un édit serait publié invitant la population à confectionner dès maintenant des tapisseries qui devraient être exposées dans les maisons. Un problème compliqué se présenta lorsque les agents du protocole demandèrent de prévoir un nombre suffisant d’écuries pouvant recevoir 1600 chevaux ! Le cortège devant emprunter les rues basses de la ville, on mesura la margeur de ces rues afin de calculer si les carrosses et les équipages pourraient passer sans difficultés.
On s’aperçut que ce ne serait pas possible.
Une solution énergique fut alors envisagée : elle consistait à démolir quat re maisons, d’ailleurs vétustes, se trouvant au bas de la montée des Cordeliers, démolition qui dégagerait considérablement la rue Pailherey (rue St-Nicolas). L’achat des maisons et leur démolition coûtèrent 6 790 livres aux finances romanaises. A peine la transaction avait-elle été conclue que le Chapitre de St- Barnard voulut y mettre opposition, en déclarant qu’il était détenteur de droits féodaux sur ces maisons. Il fallut parlementer ; finalement la ville racheta ces droits pour 300 livres, ce qui augmentait la note.
Cet emplacement devait par la suit être appelé place des Princes, ce qui était logique puisqu’on l’avait réalisé pour leurs Altesses Royales.
        
          À la révolution, le nom fut bien entendu changé. La place des Princes devint la place de l'Égalité. C’est aujourd’hui la place Lally-Tollendal. Après quoi, on pensa à la décoration de la cité.
On dressa vers la Porte St-Nicolas trois arcs de triomphe ; chacun portait des ornements avec des inscriptions en prose et en vers que les ducs n’eurent certainement pas le temps de lire. L’un des arcs de triomphe devait être monté à proximité de la rue du Puy… et existait encore, dit-on en 1863 ! Au jour J prévu, l’important cortège attendu se présenta aux portes de la ville ; il fut accueilli par le son des cloches de toutes les églises, par de nombreux tirs au canon, et par les discours des Autorités.
Les Princes furent conduits à la Maison de la ville sous un dais rouge doublé de satin. En tête du cortège, il y avait des porteurs de drapeaux et d’emblèmes largement déployés, suivis de gardes munis de trompette et de tambours. Et naturellement beaucoup de gens étaient aux fenêtres et même sur les toits des maisons.
À la Maison de Ville, après de nouvelles déclarations de bienvenue et de loyalisme on offrit à chacun des « illustres visiteurs » deux quintaux de bougies et douzaine de bouteilles d’eau cordiale de Genève. S’agissait-il d’un médicament, ou d’une liqueur ? Les chroniques du temps ne le précisent pas. Aux seigneurs de Brouille et de Noailles qui accompagnaient leurs Altesses, on donna un quintal de bougies et six bouteilles de liqueurs ; aux gardes du corps et aux gens de la suite, on remis 18 bouteilles de vin de Vienne.
          Le soir de cette réception mémorable, les Romanais allumèrent de nombreuses lampes à huile et des bougies au bord des fenêtres de leurs maisons, cependant qu’un feu d’artifice était tiré, sur la place des Allées, prés du couvent des Cordeliers. Tout ne marcha cependant pas « comme sur des roulettes ».

         Un incident eut lieu : les petits-fils de Louis XIV firent enlever de la table sur laquelle devait être servi le repas du soir, le couvert destiné au Gouverneur de la ville. Celui-ci M. de Lesseins, en fut tellement affecté, qu’il en fit, par la suite, dit-on, une maladie…

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