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Exécution de Lally-Tollendal

Exécution de Lally-TollendalLe 9 mai de l’an de grâce 1766, en place de Grève, le bourreau n’a pas eu de chance, Monsieur de Lally-Tollendal encore moins. Samson fils, aidé de son vieux père à la retraite, manque son coup d’épée, casse la mâchoire et plusieurs dents au condamné, qui doit être menotté et bâillonné, avant une seconde tentative. La foule bat des mains. Puis les spectateurs se dispersent, commentant le spectacle, tandis qu’un jeune homme hors d’haleine, à la recherche d’un père jusque là inconnu, arrive sur les lieux pour ne trouver qu’une flaque de sang.

 Qui était donc ce criminel, exécuté dans des conditions si atroces ?
Comte d eLally-TollendalThomas Arthur Lally, baron de Tollendal, était né à Romans le 13 janvier 1702, d’un père irlandais. Comme la plupart des jeunes gens de naissance noble, il avait embrassé très tôt la carrière militaire. Colonel en 1744, il s’était distingué en 1745 à Fontenoy (« Messieurs les Anglais ... », ce qui lui avait valu une montée rapide dans la hiérarchie : maréchal de camp, puis lieutenant-général en 1756. On ignore à ce jour de quels appuis il avait bénéficié à la Cour pour obtenir une nomination de Gouverneur général des établissements français de l’Inde, en 1757. Peut-être, les choses étant bien mal engagées, personne n’en voulait-il ?

                En 1758, le comte  de Lally fit donc voile vers les Indes, où Dupleix avait réussi à tailler pour le roi un petit empire, constamment menacé il est vrai par les Anglais.  Après avoir réussi, en un temps record, par son caractère violent et sa morgue, à se faire détester par ses officiers et ses troupes, haï par la population qu’il traitait de misérables noirs, il se fit battre par les Anglais dans des conditions tout à fait honorables du reste, et dut capituler sans conditions à Pondichéry en 1761, après un siège de cinq mois, avec 800 hommes contre 20 000 « Anglais », pour la plupart autochtones. Le traité qui suivit en 1763 ne laissa à la France que les célèbres cinq comptoirs.

               Prisonnier de sa Gracieuse Majesté, il fut ramené en Angleterre. Il obtint alors sa libération pour aller présenter à Paris sa défense. Les accusations portées contre lui : incompétence, couardise, trahison, que sais-je-encore ? Peu aimable, peu apprécié, abandonné de ses amis, il était le bouc émissaire idéal, que l’on chargea de la responsabilité de toutes les avanies subies aux Indes.
               Sa condamnation à mort par le Parlement de Paris, fut exécutée trois jours plus tard, lui ôtant toute possibilité d’appel.

               Le fils non reconnu qu’il avait eu d’une gouvernante, né également à Romans en 1751, consacra désormais son énergie à la réhabilitation de la mémoire de son père. Il trouva un allié inattendu en la personne de Voltaire, en 1773. Bien que  peu attiré par un personnage selon lui  fou, étourdi, chimérique, absurde, violent, intéressé, fougueux et brutal , le philosophe trouvait là une occasion de s’en prendre aux vices du régime, notamment à une justice corrompue et aux ordres. Après de nombreuses péripéties, Voltaire apprenait, en mai 1778, quatre jours avant sa mort, la cassation de l’arrêt du parlement. Les événements ne permirent pas la tenue d’un nouveau procès, mais la médiatisation (déjà !) par Voltaire de cette affaire ne fit qu’accroître l’impopularité du régime.

P.S. : Au fait, les cinq comptoirs de l’Inde, cela vous dit quelque chose ?

                La Sauvegarde du Patrimoine romanais - péageois                                                        Claude Magnan

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