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Texte et illustrations de Jean-Pierre Devoize.

La fin du XIXe et le début du XXe marquent le début de l’apogée de l’industrie de la chaussure à Romans et de la chapellerie à Bourg de Péage, ce qui a entraîné une expansion démographique.

 L’arrivée du chemin de fer dans les années 1860 a renforcé ce développement industriel.

Le paysage urbain va bénéficier d’un enrichissement, grâce à cette «Bourgeoisie Patronale ».

Les nouveaux industriels font construire de belles demeures appelées « châteaux ou villas », quelquefois, à proximité de leur usine. Certains noms vous sont, peut-être familiers : Familles Premier (château premier…St Maurice), Henry (château henry…résidence charlotte Chaze), Figuet (nous sommes à côté), Fenestrier (villa détruite…actuellement l’Eden Parc), Cara, Roux (villa Marguerite…MJC) et à Bourg de Péage : Mossant, Argod.

 Autre constatation : toutes ces demeures se situent au sud de la voie ferrée. Il en sera de même pour les premiers immeubles construits par la « Bourgeoisie Commerçante » : rue Jacquemart…la maison des Atlantes, côte des Cordeliers…maison Blain…maison Marquet. Ce n’est que bien plus tard que la voie ferrée sera franchie par les habitations de ces « nouveaux riches ».

Grâce à cet enrichissement, les édifices publics seront, eux aussi, embellis : Hôtel de ville, Cercle militaire et d’autres agrandis : la banque de France, construction du kiosque, place Jules Nadi…

 Pendant ce temps, le baron Haussmann né à Paris en 1809, préfet de Paris de 1853 à 1870, sera chargé, par Napoléon III, d’élaborer et de diriger un plan de rénovation de la capitale.

L’ouverture de grandes avenues (répression des mouvements de foule…faire charger la garde), va donner vie à un style nouveau : le style haussmannien dés 1853 et plus… «C’est un style inimitable aux dires de certains. » C’est l’emblème de la bourgeoisie : de grands bâtiments, aux façades en pierre de taille.

Des fondamentaux sont imposés par le pouvoir :

  • le rez-de-chaussée et l’entresol se distinguent par leurs murs en redans, (ornement fait d’une suite de découpures en forme de dents.)
  • Le deuxième étage, le plus noble (ce qui disparaîtra avec l’apparition de l’ascenseur…) possède un ou deux balcons.
  • Au troisième et au quatrième étages, les encadrements de fenêtres sont moins riches et moins travaillés.
  • Le cinquième étage possède un balcon filant sans décoration.
  • Au sixième étage, sous les combles, le toit est en diagonale à 45 degrés.

Que l’on se rassure, à Romans, nous n’aurons pas de telles obligations.

Au cours de notre « balade » nous constaterons que celles ci s’organisent autour de lignes horizontales, verticales, qui se prolongent souvent d’un immeuble à l’autre tel que :

  • Balcons,
  • Corniches,
  • Alignement sans retrait ni saillies importantes,
  • Frises...

En un mot de grandes perspectives. (Côte des Cordeliers)

Pour commencer, nous nous intéresserons, à la décoration de deux façades de cette époque.

Ce ne sera que vers les années 1910 et 1930 que les bâtiments prendront un autre aspect, celui du béton brut, sans fioriture, dont nous verrons deux bâtiments.

 

Un certain éclectisme prendra jour au début de la IIIe République, imitation des styles anciens, profusion du décor, multiplication d’éléments architecturaux inutiles ainsi que de nombreuses sculptures. Cette redondance s’accompagne d’un goût très net pour l’apparat. Les motifs sont multipliés, souvent juxtaposés, cette profusion donne une impression d’accumulation, certes, mais d’un équilibre soigné.

 

→ Maison Figuet maire en 1899, décédé le 13 mars 1903.

maison FiguetImmeuble emblématique de l’histoire de notre ville, car c’est la représentation des débuts de l’histoire de la chaussure. Adolphe Figuet fit construire cet immeuble dans les années 1888, auquel, l’année suivante, il adosse au sud, ses ateliers, dont on peut voire encore les toits en forme de « dent de scie », appelés « shed ».

 

 Que vois-t-on ? 

  • Une belle façade en pierre de taille.
  • Un bassement en pierre de St Réstitut.
  • Une symétrie parfaite organisée autour de lignes horizontales et verticales.
  • Trois travées verticales, séparées par des piliers à bossages, avec refends, semi engagés, et surmontés par des chapiteaux à frise d’oves, ornement architectural en relief, en forme d’œuf, répété en suite linaire.
  • Sous la frise du toit de la maison, gravé sur du marbre noir, nous lisons : « Manufacture de chaussures ».
  • Entre les fenêtres centrales au second étage, le logo de la marque, un lion entouré des initiales AF, soutenu par une guirlande de feuillage (ici peut-être de l’olivier) que l’on retrouve souvent noué.
  • Une série de modillons, ornements saillants répétés de proche en proche, décorés soutient la corniche sommitale.
  • L’encadrement des fenêtres du deuxième étage est relativement sobre.
  • Il n’en est pas de même au premier étage. Chaque fenêtre est surmontée d’un fronton triangulaire aux entablements légèrement en saillie, partie supérieur d’un ordre d’architecturale, superposant en général : l’architrave, partie inférieure d’un entablement, les frises et les corniches, soutenu de part et d’autre de têtes d’enfants aux expressions différentes, ou de masques de faunes ou de chimères, ou des caducées.
  • En partant de la gauche, une allégorie, puis un caducée sur lequel on peut distinguer un marteau de monteur en chaussure, d’une pince à monter les tiges et un trancher pour araser les semelles de cuir, puis un caducée symbolisant le commerce et une allégorie semblable à la première.
  • Chaque allégorie repose sur une sorte de rouleau de papier, encadrée de guirlandes richement décorées de feuillage, fleurs et fruits, feuillage différent sur les fenêtres du deuxième étage dit en palmette.
  • Balcons soutenus par des consoles moulurées, garnis de ferronnerie, particulièrement légère : fleurs, feuilles d’acanthe, fruits, arabesques…nous en trouverons d’autres plus travaillés.

Maison des « Atlantes » (maison Robert / Vivier)

maison des AtlantesPour moi, c’est certainement l’une des plus belles façades, fin XIXe de Romans.

Construit en 1874 par Adolphe Chosson (monogramme au dessus de la porte, mais qui peut-être aussi celui d‘Auguste Chabert, tanneur corroyeur, propriétaire depuis 1886).

 

Que voyons nous ?

 En premier lieu une belle lisibilité verticale en cinq éléments, symétriques deux par deux. A droite et à gauche, une construction en forme de lanière, surmontée d’un fronton triangulaire, au centre, les pièces à vivre, avec balcons et entre les deux, éléments de liaisons, sans fronton mais avec des décorations en harmonie avec le reste de l’immeuble.

  • Horizontalement, au niveau de chaque étage, une sorte de corniche, afin de séparer les étages nobles des autres.
  • Sur la partie haute, donnant l’impression de vouloir soutenir la corniche, une série de modillons décorés. A chaque rupture de symétrie, les modillons sont interrompus laissant place à une sorte de cabochon (petit élément de décoration en saillie de forme plus ou moins ronde), ici représentant une pomme de pin (inspirée par la Renaissance italienne). D’ailleurs nous retrouvons ces modillons sous le fronton curviligne, confirmant que c’est bien un élément de décoration.
  • Pour rester dans l’harmonie de lecture horizontale, une série de masques relativement juvéniles, parfois souriants, parfois très sérieux mais pas du tout repoussants, décorent parfaitement la façade de cet édifice. Il faut remarquer aussi que ces masques ne sont pas simplement posés sur la façade, mais font partie d’un ensemble décoratif, soutenu artificiellement par une console, pour mieux attirer l’attention. Ils s’intègrent dans un décor antique, feuilles stylisées d’acanthes. Nous trouvons, aussi dans cette décoration, la représentation de pommes de pin, certainement un rappel des pommes de pins incorporées dans la frise de modillons.
  • Cette décoration en lecture horizontale, se termine au sommet de l’immeuble par une double frise séparée.
  • La pièce maîtresse de cette façade, est la partie centrale. Une très belle porte en noyer à deux battants et décorée d’une tête. De part et d’autre de la porte, deux pilastres se terminent par un chapiteau décoré d’une représentation animalière.. Peut être pour repousser les mauvais esprits ? Ces chapiteaux supportent des corniches qui, elles mêmes supportent le balcon. Sous ce balcon, un très beau cartouche en forme, lui aussi de feuille de papier roulé avec certainement les initiales du constructeur du bâtiment. La partie haute du papier roulé représente, peut-être une coquille St Jacques ???
  • Les ferronneries du balcon sont très fines et fortement ajourées (en fonte moulée). Quelques éléments végétaux, fleurs stylisées, feuilles de laurier mais surtout une belle figure, peut être de style renaissance ou une représentation d’Hermès. Certes il n’a pas de casque, mais en regardant de plus près, juste au dessus du front, on pourrait imaginer le bord d’un casque laissant échapper des cheveux sur les côtés du visage.
  • Sur le balcon, deux socles supportent des atlantes, du verbe grec porter, et non pas des cariatides. Atlantes et cariatides ont la même fonction, celle de supporter un ensemble architectural. Ici elles soutiennent le balcon du second étage et encadrent la porte fenêtre. Les atlantes sont des hommes ou des femmes, alors que les cariatides ne sont que des femmes. La mode a été lancée par le nouvel opéra Garnier.
  • Ici à gauche, une jeune fille drapée, aux seins nus, tient dans la main gauche un marteau et dans la main droite une roue crantée. Peut-être la représentation du travail.
  • A droite, un jeune homme, tient de sa main droite une bourse et de la main gauche le caducée, symbole des médecins ou du commerce. Difficile de donner une explication…Cependant on peut remarquer une harmonie dans les deux statues. Les bras extérieurs sont délicatement posés sur le cœur, alors que les bras intérieurs sont le long du corps. La représentation de la chevelure est d’inspiration grecque.
  • Au dessus du balcon du second étage, de part et d’autre de la fenêtre, un beau pilastre finement décoré de cannelures supportent un chapiteau orné d’une guirlande de feuilles de lauriers et d’une figurine féminine différente sur chacun.
  • Pour terminer de très beaux lambrequins, intacts, décorent les fenêtres.

→ Maison Frechet et Caisse d’épargne

À la fin du XVIII et au début du XX un nouveau style apparaît ; l’art Nouveau.

*Art nouveau, 1900/1910, né en Ecosse vers 1875 /1880, se caractérise par des formes ondoyantes et enchevêtrées, des volutes, des enroulements, des arabesques. C’est l’art de l’ornementation, des plantes, des fleurs. Cet art de l’émotion et de la sensualité s’exprimera dans tous les domaines, de l’architecture au mobilier, de la sculpture à la mode, de la calligraphie à la joaillerie. Bien souvent, on le retrouve dans des travaux de ferronneries, des mosaïques, des fresques ou des vitraux. Enfin, quelques-uns de ses plus célèbres représentants furent Hector Guimard (les célèbres entrées du métro parisien), Emile Gallé, les cristalleries Daum , Louis Majorelle ou Antoni Gaudi. Il atteint son apogée en 1900 lors de l’exposition universelle de 1900 et à l’école de Nancy.

C’est un art total qui s’étend de la construction la décoration à l’ameublement. Il prendra fin à la guerre de 1914, pour laisser la place à l’Art Déco.

 *Art Déco, après la guerre, apparaît un mouvement d’architecture prônant le rationalisme et l’ornement superflu (Ludwwig Van Der Rohe) naissance de l’école du Bauhaus(Klimt).

En 1925, se tient, à Paris, l’exposition internationale des arts décoratifs industriels modernes. Ce sera l’apogée de ce mouvement appelé depuis ART DECO

En réaction à l’art nouveau, jugé trop exubérent, (l’art nouille), l’art déco va styliser les formes, tout en s’inspirant des formes végétales mais en privilégiant les lignes droites, les formes géométriques, la symétrie,(en peinture, il trouve son écho dans le cubisme) la décoration avec des ferronneries, des bas reliefs, des mosaïques, des fenêtres hublots .

L’art déco supprime les angles droits et utilise les pans coupés ou les arrondi.

Il faut noter que l’Art déco, né comme un mouvement extrêmement luxueux, devint aussi un art de crise, suite à la crise de 29. L’Art déco devint donc un art de masse au début des années 30, utilisant un tout nouveau matériaux : le plastique. A ce titre, l’Art déco marqua d’ailleurs la naissance du design.

 

Pourquoi s’attarder quelques instants devant cet immeuble, situé place Charles-de-Gaulle ?

immeuble place de GaulleCet immeuble daterait de 1933 ?

 

Il est très représentatif de l’Art déco accompli, un peu plus récent que celui que nous verrons dans un instant et annonce l’architecture moderne. L’ornementation a totalement disparu. Toute la lecture du bâtiment se fait par sa forme géométrique avec une partie cubique en avancée.

La très forte verticalité donnée par les lignes est pondérée par quelques bandeaux horizontaux en saillie et par les fenêtres hublots qui sont très caractéristiques de l’Art déco.

Les lignes verticales en façade sur la rue du Nord élancent le bâtiment tout en proposant un puits de lumière pour un escalier vraisemblablement.

Les montants de l’entrée ont un simple décrochement qui permet d’attirer le regard.

Le matériau unique semble être le béton, particulièrement bien adapté à l’architecture cubiste.

On voit apparaître ici une architecture moderne qui fonctionne en assemblage de modules, comme le privilégiera Le Corbusier. Cela ouvre sur l’architecture fonctionnaliste.

La partie entrée côté laboratoire a dû être modifiée.

Immeuble Art déco situé 27, côte des Cordeliers à Romans.

immeuble Art décoAntoine Gailly construit un immeuble en 1888, revu et modifié en 1925 dans un style classique dont les étages s'inspirent de l'Art déco. La mosaïque des armes de la ville date de 1935.

On remarque l’adaptation de l’édifice à sa place urbaine. Pendant longtemps, on a privilégié la forme du bâti sans s’intéresser à sa place dans la ville. Sous l’effet de l’importance des contraintes urbaines, dès la fin du XIXe on voit apparaître les pans coupés, qui permettront de fluidifier la circulation des véhicules dans les villes. C’est souvent ce pan coupé qui prend un rôle prépondérant en matière de décor.

 La façade doit beaucoup à l’architecture moderne des années 20 mais aussi à l’héritage de l’architecture classique. Classicisme et modernité se conjuguent sans rompre l’homogénéité de la façade.

 Parmi les références classiques :

  • les colonnes à cannelures héritées du modèle antique qui structurent et monumentalisent l’entrée sur pan coupé,
  • les effets « frise d’oves » et « gouttes » sur le linteau de la fenêtre du rez-de-chaussée ouvrant sur la place et sur les ouvertures sur la côte des Cordeliers (peut-être sont-ils des restes de décors de la façade primitive de 1888…)
  • le parement en pierre qui souligne fortement le soubassement de l’édifice, côte des Cordeliers.

Parmi les éléments de structures et de décors qui donnent à cette façade son caractère moderniste Art déco :

  • ouvertures en grandes baies pour inonder les pièces où l’on travaille de la lumière solaire,
  • la dimension de tènement de construction ne permet pas une réelle symétrie, mais cela est compensé par un décor dont l’axe central est le pan coupé à angles vifs, majoritairement porteur de décors modernes,
  • sur les deux façades, les bandes verticales engagées, très stylisées, rappelant le motif de la colonne, donnent une verticalité monumentale à l’édifice ; on trouve sur ces bandes deux cannelures et sur les bases et sommets un rappel des triglyphes antiques stylisés,
  • fronton en trois parties pyramidales, dont la partie supérieure est surmontée d’un retour doté de cupules; la partie centrale et sommitale du fronton (sur le pan coupé) est dotée d’une mosaïque sur fond doré, représentant les armes de la ville et la ruche, symbole de travail d’équipe ou une allusion à Bourg de Péage.
  • sur l’ensemble de la façade, présence de bandes décoratives à traits symétriques, verticaux et horizontaux sur la façade et en oblique sur les retours du fronton, ces décors sont peints ou en céramique et apportent une touche colorée sur une façade unie.

 

Il ne serait pas impossible que l’architecte de ce bâtiment soit Louis Bozon. Il a travaillé à Romans, mais je ne sais pas où ?

Pour infos quelques constructions de cette époque à Romans : Notre Dame de Lourdes, le Cinéma Planète, maison particulière rue S. Abba, la chapellerie Mossant, le Monument aux Morts (Gaston Dintrat), l’usine Jourdan, Rénovation de la façade de la Mairie, l’hôtel des postes, Lycée A.Triboulet…

 

Nos sources : Archives municipales de Romans, Recherches de la Sauvegarde du patrimoine romanais péageois, Viviane Rageau, responsable du service ville d’Art et d’Histoire.

 

L'association S.P.R.P. a pour buts de défendre et de favoriser la conservation du patrimoine architectural, historique, culturel et environnemental des villes de Romans, Bourg de Péage et leurs pays, par l'étude et une meilleure connaissance des deux cités traversées par la rivière Isère. Elle a pour objets d'organiser diverses manifestations, expositions et conférences, parutions, journées du patrimoine. L'association S.P.R.P. s'interdit toute propagande politique ou religieuse et toute forme de discrimination et garantit la liberté de conscience.