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La forteresse de Romans

Pendant les guerres de religion la ville de Romans, alors centre populeux et riche, place de guerre importante, fut successivement occupée par différents chefs de partis qui y dominèrent à l'aide de bandes étrangères.

L’édit de Nemours, du 7 juillet 1585, révoque tous les édits précédents et interdit le protestantisme. Il est à l’origine de la 8ème guerre de religion, encore appelée la guerre des Trois Henri (1587-1589). Mais ce traité fut aussi une cause de division chez les royalistes. De La Valette et d'Epernon, estimant leurs services mal récompensés, signèrent, le 14 août 1587, avec Lesdiguières, chef du parti huguenot, une union offensive et défensive, dite Traité de Montmaur, fief des de Flotte à Montmaur dans les Hautes-Alpes. De La Valette fit nommer gouverneur de Romans, où dominait l'esprit de la Ligue, Balthazar de Flotte de Montauban, baron de la Roche, puis comte en 1592, seigneur de Montmaur, et instigateur de ce traité.

Cette nomination ne fut pas du goût des Romanais qui protestèrent contre sa nomination, rappelant leur fidélité envers le roi et alléguant de l’inutilité d'une dépense aussi considérable que celle occasionnée par la présence d'un gouverneur dans leur ville. La Valette prit la défense de son protégé, et, dans une lettre datée de Valence du 18 novembre 1587, il assura les consuls qu'ils auraient toute occasion de se louer du baron de La Roche, et que, s'il arrivait autrement, « il prendrait ce tort comme fait à lui-même ».

Bernard Nogaret de la Valette
Bernard Nogaret de la Valette
Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon
Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon

De la Roche était protestant de naissance et fut contesté par les catholiques romanais. Pour asseoir son autorité il s’entendit avec Aymar de Poisieu, seigneur du Passage, apparenté aux de Flotte par son mariage avec Françoise de Flotte. Aymar de Poisieu commandait à Valence. Ensuite, de la Roche s'allia avec Serres, puis avec Lesdiguières, qui avait des vues sur la région. Le changement d’alliance fut une grande spécialité du comte de La Roche dont on peut dire, trivialement, qu’il mangea à tous les râteliers. Lesdiguières le protégea ouvertement, et lui donna trois cents hommes commandés par Artaud. Avec ce secours, de La Roche se rendit entièrement maître de Romans. Il s'empara de la garde des portes et de la maison de ville, et imposa silence au chapitre de Saint-Barnard.
Il s’installa chez Jean de Gillier, malgré les protestations de ce dernier qui céda à l’injonction de l’assemblée municipale de se prêter à la volonté du gouverneur en échange de l’exemption des tailles.

Dans le commencement de son séjour à Romans, de La Roche vit son autorité limitée par les catholiques ligués. Dans la crainte d'être dépouillé de sa charge, il s'entendit d'abord avec Aymar de Poisieu, seigneur du Passage, qui commandait à Valence. Ensuite il s'aboucha avec Serres, avec Lesdiguières, qui était bien aise d'avoir quelqu'un à sa dévotion en ces quartiers où il prétendait s'étendre un jour.

De la Roche s'offre une citadelle aux frais des romanais.

De la Valette lui donna trois cents hommes commandés par Artaud. Avec ce secours, de La Roche se rendit entièrement maître de Romans. Il s'empara de la garde des portes et de la maison de ville, et imposa silence au chapitre de Saint-Barnard, dont le pouvoir avait singulièrement décliné à la suite des guerres de religion. Le baron de La Roche choisit pour son habitation la maison de Jean de Gillier, malgré les protestations du propriétaire qui, obligé depuis plus de vingt ans de loger plusieurs personnages, avait éprouvé de grands dégâts dans ses appartements et dans ses meubles. L'assemblée municipale engagea M. de Gillier à se prêter à la volonté du gouverneur, lui promettant de le dédommager par l'exemption des tailles.

Afin de mieux se maintenir dans son commandement et de mettre sa fortune à couvert, de La Roche résolut de construire une citadelle sur le même emplacement que le Dauphin Humber II avait choisi, en 1346, pour y bâtir son château-fort. C'était, sur le coteau de Chapelier, l'esplanade de Saint-Romain limitée à l'ouest par le rempart, au nord et au sud par les rives escarpées de la Savasse et de l'Isère: position militaire avantageuse, d'où l'on domine la ville et la rivière.

Les travaux commencèrent. La population de Romans et des environs, mise en réquisition, devait fournir deux cents travailleurs chaque jour. Tous étaient contraints de venir, à tour de rôle, ou de se faire remplacer à raison de six sols par journée. La forteresse, avec ses six bastions, était terminée en 1588.

Les Romanais protestèrent à nouveau devant ces corvées abusives, mais de la Roche, devenu suffisamment puissant, n’hésita pas à exiler Antoine Guérin, juge royal, Jean Montluel, procureur du roi, et plusieurs notables de la ville.

M. de Rochechinard, premier consul, ayant été député par la ville de Romans aux Etats généraux de Blois, profita de son séjour à la cour pour faire connaître à Henri III la conduite tyrannique et suspecte du baron de la Roche. Le consul rapporta trois dépêches datées du 31 octobre1588 qui demandaient, plus qu'elles n'ordonnaient, au Baron de la Roche de quitte rla ville avec ses troupes, « Ne voulant, autre forteresse pour son service dans ladite ville, que la fidélité et dévotion accoutumée des habitants. » précisait Henri III.

De la Roche fut nullement intimidé par la décision royale et fort de l’appui de la Valette, loin de s’exécuter, renforça sa garnison de huit compagnies de gens de pied et exigea de la ville qu’elle contribua à leur entretien.

La ville cède aux exigences du baron.

Romans, fin XVIème siècle
Romans, fin XVIème siècle
Esplanade Saint-Romain
Esplanade Saint-Romain

Le 2 juin 1589, le conseil municipal décida de se soumettre à la volonté de son gouverneur et demanda en échange à de la Roche, qui y consentit, le retour des exilés.
Cependant, les relations entre le gouverneur et ses administrés restèrent exécrables et furent à l’origine de plusieurs procès, chaque parti demandant à l’autre le remboursement de prêts et avances. Les dépenses de construction de la forteresse ne furent jamais remboursées par le pouvoir royal. De la Roche, devant le mécontentement grandissant de la population romanaise, chercha à se justifier par une démarche publique. Le 6 novembre 1595, il se présenta dans la maison du juge royal; là, devant les consuls, les capitaines et antres notables de la ville, il repoussa hautement les soupçons injurieux et les bruits qui, disait-il, au préjudice de son honneur et de sa réputation, s'étaient répandus dans le public. Il termina en assurant qu'il était bon catholique, fidèle sujet du roi, et qu'il défendrait la ville dont il était gouverneur contre tous ceux qui voudraient agir contre sa sûreté ou les intérêts du roi. Le secrétaire de la ville, Ricol, dressa un procès-verbal de ces déclarations.

Les serments de fidélité du gouverneur n’engageaient que ceux qui y croyaient. De la Roche se fit complice de Charles Simiane, seigneur d’Albigny, proche de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, et s’entendit avec ce dernier dans le but de lui livrer la ville. Henri IV, successeur d’Henri III, s’en inquiéta et écrivit aux consuls de Romans, le 1er octobre 1597 pour les inviter à conserver la ville dans le giron royal.
Les manoeuvres de la Roche et d’Albigny furent contrecarrées par Sibeud de Saint Ferréol, un lieutenant de de la Roche, refusant les 20.000 écus promis en échange de sa complicité.
Averti, Lesdiguières envoya des troupes à Romans, commandées par du Poët, ce qui donna aux romanais le signal de la résistance, bien que quelques notables, achetés par l’argent de d’Albigny, s’y opposaient.
Le dimanche 19 octobre 1597, à minuit, la chambre des vacations du Parlement, le juge royal, les consuls, Saint-Ferréol et une foule de bons citoyens se réunirent à l'Hôtel-de-Ville. Tous prêtèrent avec enthousiasme serment de fidélité au roi, et résolurent de commencer le siège de la citadelle. On envoya chercher des troupes de toute part, on fit venir des canons de Valence et on barricada les rues. On se battit pendant six jours, et la citadelle, contre laquelle on avait
tiré un millier de boulets, capitula le 25, ayant obtenu des conditions de reddition particulièrement favorables. De la Roche lui-même obtint le pardon du roi.

La révolte des romanais.

La citadelle fut rasée, Dochier (Romans 1742-1828) était persuadé que la population mit plus d’ardeur à la détruire qu’à la construire. Les matériaux servirent pour les réparations de l'église de Saint-Nicolas qui avait été ruinée par les protestants, et l'emplacement fut donné par la ville pour y construire un couvent des capucins.
Pour perpétuer le souvenir du dévouement des Romanais et rendre grâces à Dieu du danger dont ils avaient été préservés, les magistrats résolurent de faire chaque année, le dimanche après le 25 octobre, jour de la reddition de la citadelle, une procession générale à laquelle on convoquerait tous les corps religieux.
La ville de Romans intenta encore des procès à de la Roche en demande de remboursement des frais engagés. Elle finit par obtenir, en partie, gain de cause auprès du tribunal de Grenoble mais céda aux pressions de Lesdiguières qui lui enjoignit de renoncer au bénéfice de la décision de justice.

Épilogue.

De la Roche, tour à tour protestant et catholique, fidèle au roi de France et serviteur du duc de Savoie, bigame ayant épousé Marthe de Clermont d’Amboise du vivant de sa première femme, fut décapité en place de Grève le 6 août 1614, accusé d’avoir fait assassiner un prêtre italien qui portait à la régente des papiers compromettant le duc de Savoie.

Blason de Balthazar Flotte de Montauban

Blason de Balthazar Flotte de Montauban

Blason des flotte de Montmaur

Blason des Flotte de Montmaur

Références :

  • Guerres de religion en Dauphiné : notice sur la citadelle de Romans par Ulysse Chevalier.
  • « Forteresse », roman historique de Michel Garcin.
  • Divers sites Internet traitant du sujet.

Suppléments:

sur Balthazar Flotte de Montauban 

sur «Forteresse» de Michel Garcin

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